Géographies de la Première Guerre mondiale

 

Annales. Histoire, Sciences Sociales 2016/1 (71e année). 336 pages.
ISSN : 0395-2649
ISSN en ligne : 1953-8146
ISBN : 9782713225116

Compagnon Olivier, Purseigle Pierre, « Géographies de la mobilisation et territoires de la belligérance durant la Première Guerre mondiale »

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 37-64
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-37.htm

Prenant acte du fait que l’histoire globale de la Première Guerre mondiale n’en est encore qu’à ses balbutiements, cet article propose de « déseuropéaniser » l’historiographie du conflit en dépassant la dialectique des « centres » et des « périphéries » et en combinant les échelles spatiales de l’analyse. D’une part, il s’agit de déplacer le regard depuis les théâtres européens de la guerre vers des espaces communément considérés comme marginaux, mais dont l’éloignement de l’épicentre des combats n’empêcha pourtant pas qu’ils soient parcourus de tensions directement liées au conflit et qu’ils connaissent des mutations majeures entre 1914 et 1918. D’autre part, il convient également de placer la focale sur des objets de recherche tels que l’environnement, les ressources naturelles ou les diasporas, qui se prêtent particulièrement bien à des approches émancipées des cadres nationaux de la réflexion et permettent de restituer l’impact global de la Grande Guerre. De cette double démarche émergent ainsi les bases d’une nouvelle géographie des mobilisations et de la belligérance entre 1914 et 1918, susceptible de rendre compte du caractère authentiquement mondial que revêtit la Première Guerre mondiale et de la diversité des expériences vécues du conflit.

Geographies of Mobilization and Territories of Belligerence during the First World War
The global history of the First World War is still in its early stages. This article proposes to contribute to its development by “de-Europeanizing” the historiography of the conflict and suggesting some of the ways scholars can move beyond “centers” and “peripheries” to combine different spatial scales of analysis. First, it demonstrates the need to look beyond the European theatres of war and investigate battlefields hitherto deemed to be marginal: distance from—or the absence of—combat did not prevent the manifold impact and legacy of the war from being felt in many regions of the world. Second, it invites scholars to focus on elements such as the environment, natural resources, or diasporas, which make it possible to break out of a national framework of analysis and to do justice to the global impact of the Great War. This twofold approach underlines the value of a new geography of mobilization and belligerence that matches the diversity of experiences and the truly global dimensions of the First World War.

Keller Tait, « Aux marges écologiques de la belligérance. Vers une histoire environnementale globale de la Première Guerre mondiale»

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 65-86
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-65.htm

Cet article est une première exploration de l’histoire environnementale de la Première Guerre mondiale et suggère de nouvelles approches susceptibles de modifier notre compréhension du conflit. Bien que les terres agricoles ravagées, les arbres calcinés et les bourbiers soient des images iconiques de la Première Guerre mondiale, les chercheurs ont souvent eu tendance à négliger la place et le rôle de la nature dans le conflit. Pourtant, ce n’est qu’en prenant en compte l’environnement que nous pouvons pleinement comprendre le traumatisme de la guerre et appréhender la façon dont ce conflit, en particulier, a façonné de manière durable les dimensions les plus élémentaires de l’existence humaine. Les armées de la Première Guerre mondiale étaient des entités à la fois sociales et biologiques qui dépendaient d’une « écologie militaire » de l’extraction, de la production et de l’approvisionnement en vivres et en énergie. Pour nourrir les soldats et faire fonctionner les machines, les États belligérants réquisitionnèrent de la nourriture et du carburant dans l’ensemble de la biosphère, contribuant ainsi à étendre la portée écologique de la guerre bien au-delà du front de l’Ouest. L’étude des différentes façons dont la guerre a transformé la périphérie (modification de l’écologie des maladies en Afrique coloniale, extraction de l’étain en Asie du Sud-Est et production alimentaire en Amérique latine) permet de montrer que les frontières de la belligérance étaient très étendues. Ces trois régions illustrent également les différentes façons dont la préparation et la conduite du conflit ont modifié les sociétés et le milieu naturel. Se pencher sur Première Guerre mondiale en adoptant une perspective environnementale permet de mettre en lumière sa dimension planétaire. La « catastrophe fondatrice » du xxe siècle, pour reprendre l’expression de George Kennan, a accéléré des changements environnementaux amorcés au siècle précédent et fait apparaître certaines tendances – production militaro-industrielle, persécutions et exploitation de l’environnement – qui définiront le xxe siècle.

The Ecological Edges of Belligerency
Toward a Global Environmental History of the First World War
This article represents an initial foray into the global environmental history of the First World War and suggests new approaches that can change our understanding of the conflict. With ravaged farmlands, charred trees, and muddy quagmires as iconic images of the First World War, scholars have generally tended to overlook the place and role of nature. Yet only by taking the environment into account can we fully understand the trauma of war and how this conflict in particular shaped the most basic levels of human existence for years to come. Armies in the First World War were both social and biological entities, which depended on a “military ecology” of energy extraction, production, and supply. To keep soldiers and machines in action, belligerent states commandeered food and fuel throughout the biosphere, extending the war’s environmental reach far beyond the western front. Examining a number of the ways that war shaped the periphery—evolving disease ecologies in colonial Africa, tin extraction in Southeast Asia, and food production in Latin America—will show that the boundaries of belligerency were vast. These three regions also illustrate the different ways in which the preparation and pursuit of war transformed societies and the natural world. Seeing what George Kennan called the twentieth century’s “seminal catastrophe” from an environmental perspective illuminates the global dimensions of the First World War. The conflict accelerated environmental change that had begun in the previous century, and established the patterns of military-industrial production, human victimization, and environmental exploitation that defined the twentieth century.

Satia Priya, « Centralité des marges. Les campagnes britanniques au Moyen-Orient pendant la Grande Guerre»

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 87-126
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-87.htm

L’auteure soutient dans cet article que l’impact culturel de la Première Guerre mondiale en Grande-Bretagne ne peut être compris que si l’on donne aux campagnes du Moyen-Orient la place centrale qui est la leur. Il montre qu’un des effets généralement attribués au front de l’Ouest – une totale perte de foi dans la technique et dans l’héroïsme individuel – a été compensé, à bien des égards, par les leçons tirées de la guerre en Palestine et en Mésopotamie, où cette même foi a connu chez les Britanniques un formidable regain. Si l’on prend en compte cet héritage culturel, on comprend mieux pourquoi ce peuple est resté engagé dans la guerre et a continué de croire dans le développement industriel et la guerre impérialiste une fois le conflit mondial terminé. L’aura héroïque de Thomas Edward Lawrence (Lawrence d’Arabie) et l’image du développement des infrastructures entrepris par l’armée britannique en Mésopotamie ont en effet donné un nouvel essor à la foi dans la technique et dans l’empire, tandis que le front de l’Ouest en révélait un visage autrement plus terrible. Le texte s’ouvre sur l’étude des tactiques militaires originales que les Britanniques, influencés par une vision singulière d’une « Arabie » largement imaginaire, ont adoptées à un degré sans précédent dans la région : la ruse, la guerre irrégulière et la force aérienne. L’auteur montre ensuite comment le gouvernement, à mesure que les succès se multipliaient, s’est efforcé de capitaliser sur la propagande entourant ces « théâtres secondaires » de guerre. Il s’agissait notamment de mettre en avant l’idée que l’empire trouverait une rédemption dans la restauration de l’antique « berceau de la civilisation », entretenant ainsi des notions d’un idéalisme achevé, quand, sur le front de l’Ouest, un nouveau type de cynisme faisait rage.

Side-Shows at the Center
The Middle Eastern British Campaigns of the Great War
This article places campaigns in the Middle East at the heart of the effort to understand the First World War’s cultural impact in Britain. By doing so, it shows that the effects typically attributed to the western front—loss of faith in technology and heroism—were mediated in important ways by lessons emerging from the Middle Eastern fronts in Palestine and Mesopotamia, where the British found their faith in technology strengthened. By incorporating that cultural legacy, we can better understand why Britons remained committed to the war and why they maintained their faith in industrial development and warfare empire after the war had ended. The heroic image of T. E. Lawrence and of the infrastructural development undertaken by the British military in Mesopotamia together bolstered faith in technology and imperialism just when the western front was revealing their darker side. The article begins with a study of the unique military tactics the British adopted in the region, shaped by particular cultural notions about “Arabia”: deception, irregular warfare, and airpower were used to an unprecedented degree in these campaigns. It goes on to show how the British government strove to capitalize on the propaganda effects of these “sideshows” as they became successful. In particular, they stressed the notion that the empire could find redemption in the restoration of the ancient “cradle of civilization.” Such ideas sustained idealistic notions even as the western front unleashed a new kind of cynicism.

 

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Views from the Embassy: Diplomacy and World War I

Hangouts at State
15 April 2015

For many, the guns of August 1914 seem like a story from long ago. Sepia-toned images of dusty, musty relics, mustached gentlemen in pinstripe pants, and ladies in near floor-length skirts dominate images in popular culture. Yet, surprisingly, those who witnessed civilization unraveling at the seams were very ‘modern’ and through their memoirs, letters home, and correspondence with Washington, they convey similar attitudes and concerns that we would recognize today. For the men and women in the U.S. diplomatic community in France, as elsewhere in war-torn Europe, their unique, front row seats to events ensured that they had a rendez-vous with history.

What was it like to experience war on the front lines while representing a neutral nation? How did the actions of the U.S. diplomatic community impact foreign public opinion of the United States? What role did African Americans and women play in the United States’ neutral response prior to 1917? What were the tensions between diplomacy and neutrality, and how did the 1914-1918 experience change the U.S. diplomatic corps and the conduct of U.S. diplomacy—and how does it inform our actions today? How did the media coverage of the war change European opinion of the United States—and Americans—and how did U.S. reporters’ accounts of war-torn Europe alter the way American culture viewed the larger world? In what ways did the war experience change the world in which we know it? What were the elements that we’d still recognize today?

The centennial of the First World War offers us the opportunity to reexamine events and better understand how the world was irrecoverably altered over the course of four years. Join us as we discuss findings in the Office of the Historian’s recent “Views From the Embassy” project and contextualize it into the larger picture of the era—and its impacts today.

For more information on the WWI project, please visit the project’s website.

Aftermath. Legacies and Memories of War in Europe, 1918–1945–1989

Edited by Nicholas Martin, University of Birmingham, UK, Tim Haughton University of Birmingham, UK and Pierre Purseigle, University of Warwick, UK
December 2014
254 pages
978-1-4094-4428-2

Focusing on three of the defining moments of the twentieth century – the end of the two World Wars and the collapse of the Iron Curtain – this volume presents a rich collection of authoritative essays, covering a wide range of thematic, regional, temporal and methodological perspectives.

By re-examining the traumatic legacies of the century’s three major conflicts, the volume illuminates a number of recurrent yet differentiated ideas concerning memorialisation, mythologisation, mobilisation, commemoration and confrontation, reconstruction and representation in the aftermath of conflict. The post-conflict relationship between the living and the dead, the contestation of memories and legacies of war in cultural and political discourses, and the significance of generations are key threads binding the collection together.

While not claiming to be the definitive study of so vast a subject, the collection nevertheless presents a series of enlightening historical and cultural perspectives from leading scholars in the field, and it pushes back the boundaries of the burgeoning field of the study of legacies and memories of war. Bringing together historians, literary scholars, political scientists and cultural studies experts to discuss the legacies and memories of war in Europe (1918–1945–1989), the collection makes an important contribution to the ongoing interdisciplinary conversation regarding the interwoven legacies of twentieth-century Europe’s three major conflicts.

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