Vote de gauche, vote utile, vote Macron

L’histoire de la gauche en France est jalonnée de procès d’intention et d’excommunications en tous genres. La campagne présidentielle actuelle a donc été, à cet égard au moins, sans grande surprise. Dans un contexte d’affaiblissement électoral et de décrépitude intellectuelle, la gauche s’est déchirée tout au long d’une campagne qui s’achève aujourd’hui à l’ombre pesante du terrorisme.

Objets de toutes les attentions depuis des semaines, celles et ceux qui à gauche – socio-démocrates ou écologistes – ont décidé de donner leur suffrage à Emmanuel Macron sont les cibles d’attaques souvent violentes. A l’issue d’un procès instruit à charge, les soutiens de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon dressent un réquisitoire dénonçant notre triple erreur.

Une erreur politique, d’abord, puisque nous méconnaissons à l’évidence la nature de la crise sociale, économique et politique que nous vivons. L’élection de Donald Trump et le Brexit avant lui témoigne d’une révolte des oubliés de la mondialisation. Seule une rupture radicale est à même d’y répondre. Bernie Sanders n’était-il pas promis à une victoire éclatante?

Un égarement idéologique, ensuite, puisque les intérêts de la classe ouvrière ne saurait être servis autrement que par la décroissance et l’accompagnement de la fin du travail. Nul compromis avec le libéralisme ne saurait être accepté, puisque la liberté d’entreprendre est d’abord un permis d’exploiter.

Une faute morale, enfin, puisque le vote Macron ne serait rien d’autre qu’un marchepied pour Marine Le Pen. Il ne faut souvent désormais que quelques minutes avant d’atteindre le nouveau point Goodwin du débat politique français; avant que les soutiens d’Emmanuel Macron soient accusés de faire le jeu de Le Pen, par faiblesse si ce n’est à dessein.

Drapés dans leur indignation et leurs certitudes, nos contempteurs souffrent toutefois d’un rapport pour le moins distendu aux réalités politiques. Ces experts autoproclamé de la chose électorale sont ainsi curieusement ignorants des ressorts de la victoire des europhobes britanniques et de Donald Trump. Dans les deux cas, si la droite populiste et xénophobe prit des voix au sein de catégories traditionnellement acquises à la gauche, son succès dépendit moins des victimes de la globalisation que de ceux qui en bénéficient. Rares sont ainsi les commentateurs français à noter que, dans la gérontocratie oligarchique qu’est la Grande-Bretagne, les plus de 45 ans comme les propriétaires votèrent pour le Brexit. A l’exception notable de Londres, les régions prospères du sud-est rejetèrent ainsi l’Union Européenne. Aux Etats-Unis, Trump fut largement devancé par Hilary Clinton au sein des catégories populaires, mais il bénéficia en revanche du soutien d’une majorité d’Américains appartenant aux classes moyennes supérieures.

Plus étonnant encore, les politologues et sociologues rangés derrière B. Hamon et J-L. Mélenchon, pourtant si fins analystes à l’ordinaire, considèrent la démarche d’Emmanuel Macron vouée à l’échec, comme l’était celle de Clinton. On ne se saurait, disent-ils, gagner au centre-gauche; le vote utile est un vote perdu. Ils paraissent ainsi ignorer que Clinton emporta le vote populaire et recueillit près de 2,9 millions de voix de plus que Trump. Leur silence traduit moins leur incompétence que leur malaise devant un élément autrement plus troublant pour les pourfendeurs du vote utile.

Trump doit en effet son élections aux victoires étriquées qu’il remporta dans seulement quatre états. Car les portes de la Maison Blanche lui furent ouvertes par ses délégués désignés en Floride avec 1.2% d’avance, au Wisconsin et en Pennsylvanie avec 0.7% d’écart, et au Michigan où il ne recueillit que 0.3% de plus que Clinton. Dans ces états, les électeurs de gauche qui donnèrent leur suffrage aux candidats écologiste et indépendants ou choisirent l’abstention par rejet d’Hillary Clinton ont ainsi assuré l’élection de Donald Trump. C’était évidemment leur droit.

Mais les attaques quotidiennes portées par l’administration Trump aux classes populaires, aux minorités, et aux immigrés doivent servir de leçon à la gauche française. La pureté idéologique a ses vertus; mais elle aussi un coût. Aux Etats-Unis en l’occurrence, 24 millions de personnes risquent de perdre leur couverture médicale car de trop nombreux électeurs de gauche ont rejeté le vote utile. La nomination d’un juge réactionnaire à la Cour suprême signifie également la remise en cause prochaine de libertés fondamentales comme le droit à l’avortement ou la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

A l’instar des Corbynistas britanniques, les partisans de Benoît Hamon ont longtemps invoqué les faveurs qu’il recueille dans un corps militant étriqué, mais refusé de voir les profondes faiblesses de sa candidature. Aussi honorable soit-il, Benoît Hamon est un pur produit de l’appareil socialiste qui n’a jamais démontré les qualités d’un chef d’Etat potentiel. Se souvient-on d’une initiative française ou européenne à laquelle son nom est resté attaché ? A l’instar de Manuel Valls, ses décennies de militantisme ont accompagné la faillite intellectuelle et politique du Parti Socialiste que nous avons souvent vécu de l’intérieur. Pas plus que ses malheureux rivaux de la primaire, il n’a jamais fait montre de la capacité à relever les défis de la gauche française.

Ceux-ci ne se résument pas seulement à l’opposition entre gauche de protestation et gauche de gouvernement. Benoît Hamon s’est toutefois sur ce point montré aussi ambigu qu’hypocrite, organisant la nomination de Manuel Valls à Matignon avant de « découvrir » que le nouveau premier ministre est un homme de droite ! Son abandon du Ministère de l’Education nationale après moins de 150 jours à sa tête en dit long sur sa légèreté. Y a-t-il pourtant ministère plus important pour un homme de gauche ? Peut-on ainsi se priver d’un tel instrument de progrès social pour un coup tactique et un écho éphémère ?

L’émergence d’Emmanuel Macron hors du PS témoigne de notre incapacité collective à mener un débat sincère sur les contours de la social-démocratie au XXIème siècle. Le rapport maladif des socialistes français au libéralisme, plus souvent accepté qu’il n’est assumé publiquement, cristallise les enjeux idéologiques de l’éclatement imminent du PS. Il en va de même de son rapport à l’Etat (qu’il s’agisse du poids de la dépense publique ou des contours des services publics), et à la mondialisation commerciale, financière, et culturelle. La question européenne cristallise évidemment un débat légitime, difficile, et nécessaire, mais jamais mené avec sérieux du fait de l’incurie des partis de gauche et de leurs dirigeants.

La question du travail est un autre exemple. Contester l’idée de sa disparition ne fait pas de nous des salauds réactionnaires. Ses transformations sous l’effet, aujourd’hui comme hier, de révolutions technologiques et sociales exigent que l’on prenne plus au sérieux les expériences étrangères et que l’on repense les trajectoires professionnelles. Nous nous préoccupons tous de la répartition du travail, de sa rémunération, et de la sécurisation des parcours professionnels, car le travail est souvent, trop souvent, souffrance. Celles et ceux d’entre nous qui ne sommes pas né(e)s au sein des classes moyennes savent d’expérience que le travail est parfois synonyme d’exploitation pure et simple. Mais nous n’avons pas oublié qu’il est aussi un ressort identitaire et de mobilisation puissant, et donc un outil d’émancipation.

Cette leçon donnée par l’histoire du mouvement ouvrier est d’ailleurs sans cesse rappelée par Jean-Luc Mélenchon. Celui-ci y trouve son unique et dernier marqueur de gauche et une des raisons du succès qu’il rencontre aux dépens de Benoît Hamon. Auto-proclamés gardiens du temple, les partisans de Benoît Hamon serait d’ailleurs plus convaincants s’il ne faisait preuve d’une complaisance douteuse à l’égard de Mélenchon, dont le national-populisme ne fait plus de lui un représentant sincère de la gauche. Il faut faire peu de cas de la social-démocratie, de l’internationalisme, et du progressisme pour considérer Mélenchon comme l’un des nôtres. En abandonnant la démocratie représentative et le pluralisme, Mélenchon menace les conditions politiques d’une démocratie sociale digne de ce nom. En reprenant à son compte les antiennes nationalistes et anti-libérales, Mélenchon menace d’abattre la construction européenne au profit d’une aventure personnelle.

Celles et ceux d’entre nous qui vivent et combattent le Brexit au quotidien savent le prix qu’en paierait, d’abord et très vite, les classes populaires. La survie de la social-démocratie et de l’écologie politique dépend de la préservation, de la consolidation, et de la transformation de l’Union Européenne. On ne répondra à aucun des défis du siècle dans le cadre national. Qu’il s’agisse de la globalisation financière, de la montée des inégalités, du changement climatique, ou des questions de sécurité internationale ou intérieure, les solutions à ces problèmes cruciaux et urgents seront européennes et globales.

Quels que soient les interrogations, les doutes à l’égard d’Emmanuel Macron, ou les désaccords que nous pouvons avoir avec lui, il est aujourd’hui le seul capable de préserver la place de la France au cœur de l’Union Européenne. De toute évidence, Benoît Hamon ne l’a jamais été.

Jean-Luc Mélenchon est, quant à lui, l’allié objectif et explicite de ceux qui, de Poutine à Orban, travaillent à l’effondrement de l’Union Européenne. L’anéantissement à venir du Labour Party de Corbyn devrait servir d’avertissement à tous les militants de gauche sincères qui ont choisi Hamon ou Mélenchon. La défaite n’est pas plus une rédemption que la social-démocratie n’est soluble dans le nationalisme.

Voilà pourquoi le vote Macron n’est pas seulement pour des femmes et des hommes de gauche un vote utile. C’est un vote nécessaire et donc un vote de conviction.

Pourquoi Mélenchon n’est pas de gauche

 

Trois jours avant la fin d’une campagne électorale souvent confuse et parfois improbable, les électeurs français auraient au moins une certitude. La gauche – la vraie, la pure – est bien là, représentée non seulement par les candidat(e)s du NPA et de Lutte Ouvrière, mais plus sérieusement par Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise. Après tout, n’est-il pas aujourd’hui en passe d’atteindre le second tour de l’élection présidentielle?

 

Le tribun colérique s’est du coup transformé en petit père tranquille de la Révolution; se démultipliant par hologramme pour parler toujours plus en disant désormais le moins possible sur son programme. Il ne manquerait plus que les électeurs de gauche se penchent sérieusement sur ses idées ! Il pourrait en effet se rendre à l’évidence. Mélenchon s’approprie l’héritage de la gauche pour la noyer dans un projet populiste et nationaliste, dont les classes populaires seraient les premières victimes.

 

Mélenchon a bien sûr capté l’indignation légitime et justifiée de celles et ceux qui pâtissent d’une société par trop inégalitaire; qui ne sentent plus représentés et se disent trahis par une classe politique coupée de leur réalité quotidienne. Désormais rentier de la République, le grand professionnel de la politique qu’est Mélenchon ne s’y est pas trompé ; ses arrières désormais assurés, libre à lui de renverser la table, d’abattre la démocratie parlementaire qui le nourrit encore. Ses multiples retraites garanties, il peut sans crainte appeler à une sixième république dont il refuse de préciser les contours. Mais la logorrhée « dégagiste » de Mélenchon masque mal son silence hypocrite.

 

La question européenne est ici révélatrice. Le voilà désormais qui, contredisant son propre programme, annonce ne pas vouloir sortir de l’Union Européenne et de l’Euro. En dépit, si j’ose dire de ces « pudeurs de gazelle », c’est pourtant bien ce que veut dire la « sortie des traités » qu’il appelle de ses vœux. Il refuse ainsi d’expliquer ce que cela signifierait pour les classes populaires qui seraient pourtant les premières à en subir les conséquences de l’effondrement de l’Euro. Quand les possédants auraient anticipé la crise monétaire et mis leur capital à l’abri, les classes populaires verraient l’inflation exploser et leur pouvoir d’achat s’effondrer. Neuf mois après le référendum britannique, la Livre sterling a déjà perdu 17% de sa valeur face au Dollar américain.

 

Le Brexit n’a pas encore eu lieu, mais le prix des produits de consommation courante ont d’ores et déjà augmenté de 5 à 10%. Quand on finit le mois avec moins de €100 en poche, on connaît le risque des fantaisies radicales de Mélenchon. Son Frexit, comme celui de Le Pen, serait simplement une catastrophe pour les travailleurs et chômeurs français. Le retour du protectionnisme menacerait aussi, et en quelques mois, des centaines de milliers d’emplois directs. La gauche radicale grecque, elle, sait le coût de la sortie des traités voulue par Mélenchon et s’y refuse tout en combattant l’austérité. Car on ne peut être de gauche et organiser l’appauvrissement du pays.

 

Mélenchon lui n’en a cure, car il subordonne le progrès social à un nationalisme qui, seul, explique la haine qu’il voue au projet européen. Si l’Internationale est encore parfois entonnée par ses partisans à la fin de ses meetings, Mélenchon lui préfère désormais la Marseillaise. Quand bien de ses électeurs demeurent sincèrement attachés à un projet d’émancipation sociale, lui se dit désormais « Français avant tout ». Que le tricolore soit le seul oriflamme distribué dans ses réunions publiques en dit long sur un projet plus identitaire que social-démocrate. Il ne manquerait plus que les prolétaires européens s’unissent sous un drapeau commun, rouge ou étoilé !

 

Le contraste est ici frappant entre la grande majorité des Insoumis et leur chef de file. Rares parmi eux sont celles et ceux qui ont renoncé à l’internationalisme, voire à l’idéal européen. Sur les questions intérieures comme internationale, Mélenchon a pourtant rompu avec les principes d’une gauche française longtemps investie dans la construction du droit et des solidarités internationales, du Bureau International du Travail à l’Union Européenne en passant par l’organisation des Nations Unies.

 

C’est à cette aune qu’il faut souligner l’écart entre la rhétorique du Mélenchon en campagne et la réalité de son activité parlementaire. Député européen, il s’est fait le chantre du « chacun chez soi ». Il reprit dans l’hémicycle la rhétorique anti-migratoire de l’extrême-droite, comme le 5 juillet 2016 où il dénonça le « travailleur détaché, qui vole son pain au travailleur qui se trouve sur place ». Benoît Hamon, comme le NPA et de nombreux communistes, ne s’y étaient pas trompés et dénoncèrent à juste titre ce virage nationaliste. Mélenchon parla sans surprise d’un mauvais procès. Comme si celui dont on vante les talents oratoires et la culture historique ne savait plus très bien ce qu’il faisait… Soyons sérieux. Le problème posé par les travailleurs détachés est un problème de contrôle, pas de principe. Il aurait pu demander à la Commission européenne de soutenir les services nationaux d’inspection du travail. Il a préféré dénoncer les immigrés dont je suis et s’approprier à dessein les accents xénophobes de Farage et Le Pen.

 

Exploitant la solidarité traditionnelle des gauches françaises et latino-américaines, Mélenchon se fait le chantre des populismes du sous-continent. Qu’il évoque Simon Bolivar plus souvent que Che Guevara n’est pas un hasard. Le nationalisme est en effet le principal point cardinal de Mélenchon, pour lequel l’anti-américanisme justifierait les atteintes aux droits fondamentaux des latino-américains. Son rapport au régime de Vladimir Poutine témoigne de l’abandon de toute prétention internationaliste. Reprenant la propagande du régime sans y changer une virgule, Mélenchon se pose en soutier de la kleptocratie poutinienne. Que le peuple russe soit aujourd’hui victime du capitalisme le plus brutal ne lui pose guère de problème. Il s’étonna même en 2015 que l’on puisse dénoncer le meurtre de Boris Nemtsov, l’un des principaux opposants au régime. Comme si le libéralisme de la victime pouvait justifier son assassinat…

 

En 2014, Mélenchon n’hésitait pas non plus à condamner la révolution ukrainienne, évoquant à l’unisson avec Poutine et Ianoukovitch, « un pouvoir putschiste aventurier, dans lequel les néonazis ont une influence tout à fait détestable. » La jeunesse ukrainienne qui bravait les coups et les balles de l’oligarchie locale ne trouva jamais grâce à ses yeux. Quand la place Maidan se couvrait de drapeaux européens, symbole de liberté et de l’état de droit pour le peuple ukrainien, Mélenchon rejetait sur son appel à la solidarité européenne. S’accommodant de l’annexion de la Crimée au mépris du droit international, Mélenchon appela même de ses vœux l’effondrement de l’Ukraine et se satisfait de l’invasion du Donbass. Curieusement, cet écologiste de la onzième heure semble ignorer que les forces russes organise l’exploitation mafieuse des ressources naturelles de la région. De telles positions en disent long sur le cynisme de son aventure personnelle. Mélenchon ne voit rien à redire à l’exploitation des peuples russes ou ukrainiens. De même, ne s’inquiète-il pas du massacre des insurgés syriens, mis dans le même sac que Dasht. La gauche défend encore l’universalité des droits humains et des libertés fondamentales. Voilà longtemps que ce n’est plus le combat de Mélenchon.

 

A y regarder de près, tout ça n’est guère surprenant. Les populistes usent et abusent des valeurs de la gauche pour travestir leurs objectifs. Mélenchon se gargarise du mot peuple, mais empêche la convergence des luttes. Fondée sur une démarche intersectionnelle, cette dernière propose de combattre les rapports de domination économique, sexuelle, et culturelle. Mélenchon entend lui écraser les identités individuelles et collectives sous la botte d’un « peuple » dont il serait le seul et unique interprète. En témoigne, le flou des prescriptions constitutionnelles de son programme. Lecteur attentif de Carl Schmitt, ou au moins de ses exégètes contemporains, Mélenchon veut mettre à bas la démocratie représentative et parlementaire. Le pluralisme politique et social doit pour lui se soumettre à une opposition politique entre amis et ennemis. « Nous sommes du peuple et nous méprisons ceux qui veulent être autre chose que du peuple » (Le Monde, 24 janvier 2016) dit-il. Comme si lui seul pouvait accorder ou juger de notre appartenance à la communauté des citoyens ! Car le peuple n’existe plus pour Mélenchon dans sa pluralité politique et sa diversité, il entend réduire la délibération démocratique au simulacre référendaire.

 

Voilà ce qui explique l’abandon progressif des symboles de la gauche radicale (drapeau rouge, Internationale) et ses ouvertures vers l’extrême-droite. Ambigu dans son soutien aux réfugiés, il l’est aussi sur les questions de société comme l’avortement ou le mariage pour tous. En témoigne l’entretien qu’il donna au très réactionnaire Famille Chrétienne au mois de février. « Avec la Manif pour tous, je fais le pari positif du malentendu » affirma-t-il au grand dam des militants LGBT qui, seuls, relevèrent ses propos. Comme s’il ne fallait pas que l’extrême-droite catholique prenne trop au sérieux sa défense des minorités sexuelles. Le furieux rétropédalage qui s’en suivit, comme les efforts pour mettre la polémique sur cloche en disent long sur le risque qu’il y aurait pour notre « révolutionnaire » à laisser cours à sa vision de la société.

 

Ne nous y trompons pas. Le populisme de Mélenchon n’est pas soluble dans la démocratie sociale. Son rejet de l’Europe va à l’encontre des intérêts objectifs des classes populaires. Mélenchon ne partage pas non plus l’attachement de la gauche au pluralisme, à une société ouverte, à l’état de droit. Les libertés fondamentales et les droits de la personne doivent selon lui se soumettre à l’Etat-nation en France, comme en Russie ou en Syrie.

 

On connaît ses accointances avec Patrick Buisson, qu’il préfèrerait aujourd’hui passer sous silence. Féru d’histoire, nous dit-on, comme l’éminence grise du sarkozysme identitaire, il sait pertinemment qu’il a plus en commun avec le Général Boulanger qu’avec Jean Jaurès. De même, maîtrise-t-il parfaitement une rhétorique destinée à attirer vers lui les tenants d’un nationalismes des plus rances. Pourfendeur auto-proclamé des « puissants », Jean-Mélenchon conclua ainsi le débat du 20 mars en affirmant sa volonté de « rendre la France aux Français ».  Nul besoin d’être grand clerc pour se rappeler les heures sombres de notre histoire où « l’oligarchie », « les puissances de l’argent », étaient assimilées à l’anti-France. Ce n’était pas, alors, le discours de la gauche et ça ne l’est pas plus aujourd’hui.

Il est donc grand temps de dénoncer la complaisance naïve dont bénéficie Mélenchon et d’affirmer qu’il n’appartient plus à notre famille politique.

I am running the 2017 London Marathon for Oxfam

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I am running the London Marathon in April 2017 in support of Oxfam and its work to fight poverty across the world.

After raising over £1,000 for Oxfam at the 2015 Berlin marathon, I was left humbled by the generosity of friends and colleagues.
Most importantly, the support and encouragement I received along the way underlined how important Oxfam’s work is to many of you.

 

That’s why I decided to use the 2017 London marathon to try and raise twice as much and possibly more! £2,000 is a lot of money and this will likely be more difficult to achieve than running 26.2 miles.

I know and I hope I’ll be able to count on my friends again to do this.

In the end though, nothing I or we could do is harder and more necessary that the work that Oxfam workers and volunteers carry out every day around the world.

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CFP: The First World War and coalition warfare

 

[Version française ci-dessous]

Early-Career Researchers Conference

The Centre d’Histoire des sociétés, des sciences et des conflits (CHSSC) at the Université de Picardie-Jules Verne (France) and the Department of History at the University of Warwick (UK), in partnership with the French Institute in London, are holding a one-day conference for early-career researchers on Thursday 15th December 2016.

The conference aims to foster Franco-British collaboration and to establish a network of French and British early-career scholars of the First World War. Following on from a successful event in 2015, this conference will bring together postgraduate students and post-doctoral researchers based at French and British research institutions.

Our conference will consider the First World War as coalition warfare.

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Géographies de la Première Guerre mondiale

 

Annales. Histoire, Sciences Sociales 2016/1 (71e année). 336 pages.
ISSN : 0395-2649
ISSN en ligne : 1953-8146
ISBN : 9782713225116

Compagnon Olivier, Purseigle Pierre, « Géographies de la mobilisation et territoires de la belligérance durant la Première Guerre mondiale »

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 37-64
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-37.htm

Prenant acte du fait que l’histoire globale de la Première Guerre mondiale n’en est encore qu’à ses balbutiements, cet article propose de « déseuropéaniser » l’historiographie du conflit en dépassant la dialectique des « centres » et des « périphéries » et en combinant les échelles spatiales de l’analyse. D’une part, il s’agit de déplacer le regard depuis les théâtres européens de la guerre vers des espaces communément considérés comme marginaux, mais dont l’éloignement de l’épicentre des combats n’empêcha pourtant pas qu’ils soient parcourus de tensions directement liées au conflit et qu’ils connaissent des mutations majeures entre 1914 et 1918. D’autre part, il convient également de placer la focale sur des objets de recherche tels que l’environnement, les ressources naturelles ou les diasporas, qui se prêtent particulièrement bien à des approches émancipées des cadres nationaux de la réflexion et permettent de restituer l’impact global de la Grande Guerre. De cette double démarche émergent ainsi les bases d’une nouvelle géographie des mobilisations et de la belligérance entre 1914 et 1918, susceptible de rendre compte du caractère authentiquement mondial que revêtit la Première Guerre mondiale et de la diversité des expériences vécues du conflit.

Geographies of Mobilization and Territories of Belligerence during the First World War
The global history of the First World War is still in its early stages. This article proposes to contribute to its development by “de-Europeanizing” the historiography of the conflict and suggesting some of the ways scholars can move beyond “centers” and “peripheries” to combine different spatial scales of analysis. First, it demonstrates the need to look beyond the European theatres of war and investigate battlefields hitherto deemed to be marginal: distance from—or the absence of—combat did not prevent the manifold impact and legacy of the war from being felt in many regions of the world. Second, it invites scholars to focus on elements such as the environment, natural resources, or diasporas, which make it possible to break out of a national framework of analysis and to do justice to the global impact of the Great War. This twofold approach underlines the value of a new geography of mobilization and belligerence that matches the diversity of experiences and the truly global dimensions of the First World War.

Keller Tait, « Aux marges écologiques de la belligérance. Vers une histoire environnementale globale de la Première Guerre mondiale»

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 65-86
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-65.htm

Cet article est une première exploration de l’histoire environnementale de la Première Guerre mondiale et suggère de nouvelles approches susceptibles de modifier notre compréhension du conflit. Bien que les terres agricoles ravagées, les arbres calcinés et les bourbiers soient des images iconiques de la Première Guerre mondiale, les chercheurs ont souvent eu tendance à négliger la place et le rôle de la nature dans le conflit. Pourtant, ce n’est qu’en prenant en compte l’environnement que nous pouvons pleinement comprendre le traumatisme de la guerre et appréhender la façon dont ce conflit, en particulier, a façonné de manière durable les dimensions les plus élémentaires de l’existence humaine. Les armées de la Première Guerre mondiale étaient des entités à la fois sociales et biologiques qui dépendaient d’une « écologie militaire » de l’extraction, de la production et de l’approvisionnement en vivres et en énergie. Pour nourrir les soldats et faire fonctionner les machines, les États belligérants réquisitionnèrent de la nourriture et du carburant dans l’ensemble de la biosphère, contribuant ainsi à étendre la portée écologique de la guerre bien au-delà du front de l’Ouest. L’étude des différentes façons dont la guerre a transformé la périphérie (modification de l’écologie des maladies en Afrique coloniale, extraction de l’étain en Asie du Sud-Est et production alimentaire en Amérique latine) permet de montrer que les frontières de la belligérance étaient très étendues. Ces trois régions illustrent également les différentes façons dont la préparation et la conduite du conflit ont modifié les sociétés et le milieu naturel. Se pencher sur Première Guerre mondiale en adoptant une perspective environnementale permet de mettre en lumière sa dimension planétaire. La « catastrophe fondatrice » du xxe siècle, pour reprendre l’expression de George Kennan, a accéléré des changements environnementaux amorcés au siècle précédent et fait apparaître certaines tendances – production militaro-industrielle, persécutions et exploitation de l’environnement – qui définiront le xxe siècle.

The Ecological Edges of Belligerency
Toward a Global Environmental History of the First World War
This article represents an initial foray into the global environmental history of the First World War and suggests new approaches that can change our understanding of the conflict. With ravaged farmlands, charred trees, and muddy quagmires as iconic images of the First World War, scholars have generally tended to overlook the place and role of nature. Yet only by taking the environment into account can we fully understand the trauma of war and how this conflict in particular shaped the most basic levels of human existence for years to come. Armies in the First World War were both social and biological entities, which depended on a “military ecology” of energy extraction, production, and supply. To keep soldiers and machines in action, belligerent states commandeered food and fuel throughout the biosphere, extending the war’s environmental reach far beyond the western front. Examining a number of the ways that war shaped the periphery—evolving disease ecologies in colonial Africa, tin extraction in Southeast Asia, and food production in Latin America—will show that the boundaries of belligerency were vast. These three regions also illustrate the different ways in which the preparation and pursuit of war transformed societies and the natural world. Seeing what George Kennan called the twentieth century’s “seminal catastrophe” from an environmental perspective illuminates the global dimensions of the First World War. The conflict accelerated environmental change that had begun in the previous century, and established the patterns of military-industrial production, human victimization, and environmental exploitation that defined the twentieth century.

Satia Priya, « Centralité des marges. Les campagnes britanniques au Moyen-Orient pendant la Grande Guerre»

Annales. Histoire, Sciences Sociales 1/2016 (71e année) , p. 87-126
URL : www.cairn.info/revue-annales-2016-1-page-87.htm

L’auteure soutient dans cet article que l’impact culturel de la Première Guerre mondiale en Grande-Bretagne ne peut être compris que si l’on donne aux campagnes du Moyen-Orient la place centrale qui est la leur. Il montre qu’un des effets généralement attribués au front de l’Ouest – une totale perte de foi dans la technique et dans l’héroïsme individuel – a été compensé, à bien des égards, par les leçons tirées de la guerre en Palestine et en Mésopotamie, où cette même foi a connu chez les Britanniques un formidable regain. Si l’on prend en compte cet héritage culturel, on comprend mieux pourquoi ce peuple est resté engagé dans la guerre et a continué de croire dans le développement industriel et la guerre impérialiste une fois le conflit mondial terminé. L’aura héroïque de Thomas Edward Lawrence (Lawrence d’Arabie) et l’image du développement des infrastructures entrepris par l’armée britannique en Mésopotamie ont en effet donné un nouvel essor à la foi dans la technique et dans l’empire, tandis que le front de l’Ouest en révélait un visage autrement plus terrible. Le texte s’ouvre sur l’étude des tactiques militaires originales que les Britanniques, influencés par une vision singulière d’une « Arabie » largement imaginaire, ont adoptées à un degré sans précédent dans la région : la ruse, la guerre irrégulière et la force aérienne. L’auteur montre ensuite comment le gouvernement, à mesure que les succès se multipliaient, s’est efforcé de capitaliser sur la propagande entourant ces « théâtres secondaires » de guerre. Il s’agissait notamment de mettre en avant l’idée que l’empire trouverait une rédemption dans la restauration de l’antique « berceau de la civilisation », entretenant ainsi des notions d’un idéalisme achevé, quand, sur le front de l’Ouest, un nouveau type de cynisme faisait rage.

Side-Shows at the Center
The Middle Eastern British Campaigns of the Great War
This article places campaigns in the Middle East at the heart of the effort to understand the First World War’s cultural impact in Britain. By doing so, it shows that the effects typically attributed to the western front—loss of faith in technology and heroism—were mediated in important ways by lessons emerging from the Middle Eastern fronts in Palestine and Mesopotamia, where the British found their faith in technology strengthened. By incorporating that cultural legacy, we can better understand why Britons remained committed to the war and why they maintained their faith in industrial development and warfare empire after the war had ended. The heroic image of T. E. Lawrence and of the infrastructural development undertaken by the British military in Mesopotamia together bolstered faith in technology and imperialism just when the western front was revealing their darker side. The article begins with a study of the unique military tactics the British adopted in the region, shaped by particular cultural notions about “Arabia”: deception, irregular warfare, and airpower were used to an unprecedented degree in these campaigns. It goes on to show how the British government strove to capitalize on the propaganda effects of these “sideshows” as they became successful. In particular, they stressed the notion that the empire could find redemption in the restoration of the ancient “cradle of civilization.” Such ideas sustained idealistic notions even as the western front unleashed a new kind of cynicism.